Croke Park est le stade irlandais des sports gaëliques. C'est dans ce stade mythique pour les Irlandais que s'est déroulé l'un des épisodes les plus sanglants de l'affrontement entre les indépendantistes et les anglais. Nous sommes le 21 novembre 1920, la première guerre mondiale vient de se terminer et l'armée britannique envoie des blindés à Dublin pour venger l'assassinat de 13 de ses agents infiltrés. Ils prennent possession de Croke Park où se tenait un match de football gaëlique entre Dublin et Tipperary et tirent sur la foule. Le bilan est très lourd : 14 morts et 65 blessés. C'est le premier « Bloody Sunday ». Deux ans plus tard, l'Irlande obtient son indépendance (sauf la province de l'Ulster à majorité protestante qui souhaite rester dans le Royaume-Uni) mais l'équipe de rugby de l'Irlande reste une et indivisible (a contrario des équipes de football qui font scission).

Le « Bloody Sunday » que vous connaissez (celui de U2) fait référence au 30 janvier 1972 quand l'armée britannique tira sur la foule alors qu'elle manifestait au cours de la marche de l'association nord-irlandaise pour les droits civiques. Jusque dans les années 1980, l'hymne anglais n'est plus joué à Dublin, seul l'hymne de la république d'Irlande « Le chant du soldat » (Amhran na bhFiann ou Amhran Nasiunta na hEireann en gaëlique) est joué au grand dam des joueurs de l'Ulster.

En 2007, le vieux stade de Lansdowne Road est démoli pour la coupe du monde et les Irlandais accueillent pour la première fois à Croke Park l'équipe d'Angleterre pour un match qui marquera au fer rouge les coéquipiers de Johnny Wilkinson (43-13). Entre-temps, un nouvel hymne, plus unificateur, a été créé, « l'Ireland call », mais à Dublin, les deux hymnes irlandais sont toujours joués. Ce jour là, l'hymne anglais est respecté, comme un symbole de la pacification entre les indépendantistes irlandais et les britanniques.