Samedi 17 novembre 2018 restera gravé dans l'histoire du rugby français. Les féminines du XV de France venait pour la première fois à bout des « black ferns » (littéralement « fougères noires »), quintuple championne du monde au terme d'un match engagé et époustouflant.

Il faut dire que l'histoire avait bien mal commencé pour les femmes dans le monde de l'Ovalie. Les première prémisses de l'existence d'un match de rugby où une femme a pu jouer datent de 1887 en Irlande dans la petite ville de Enniskillen. Les frères Valentine avait en effet invité leur sœur Emily a participé à un match durant lequel elle avait d'ailleurs marqué un essai.

Il est aussi question d'une tentative de création d'un club féminin en Nouvelle-Zélande en 1891 qui a été immédiatement dissous suite à des pressions morales (déjà). On peut aussi retrouver des traces de matchs joués en secret par des femmes en France en 1903 ainsi qu'en Angleterre en 1913. La première documentation officielle parle d'un match joué le 16 décembre 1917 dans le mythique Arms park de Cardiff contre les féminines de Newport (victoire de Cardiff 6-0).

Quelques matches eurent ensuite lieu en France, Australie et Nouvelle-Zélande durant les années folles. Ces réjouissances s'arrêtèrent dès le début de la seconde guerre mondiale pour supporter l'effort de guerre.

Le salut vint des universités dans les années 60 avec notamment la création d'une véritable équipe à l'université d'Édimbourg.

Pour la France, Toulouse se distingua en initiant le premier véritable match de rugby féminin en plein mai 1968 devant des milliers de spectateurs. La première association nationale de rugby naissait 2 ans plus tard « L'association française de rugby féminin » suivie par le Canada (1970) et les États-Unis (1972). Les premiers clubs non-universitaires seront formés en 1978 au Canada et aux Pays-Bas puis en Italie en 1979.

Le premier championnat national officiel se déroula en 1978 à Chicago et le premier match international opposa la France aux Pays-Bas en 1982 (victoire de la France 4-0). L'année suivante la fédération internationale de rugby féminin fût enfin créée au Royaume-Uni.

Fabien GalthiéPourquoi cette pratique mit autant de temps à rayonner du côté des féminines ? Le machisme des rugbymen qui ne voyait en la femme qu'un objet de désir ou de procréation. Il faut dire qu'elles étaient très mal défendues, par le baron de Coubertin en premier lieu, qui pensait que des olympiades féminines ne seraient « qu'impratiques, qu’inintéressantes et qu’inesthétiques ». En 1974 (hier), le secrétaire d"État à la jeunesse et aux sports Marceau Crespin publia même une circulaire déconseillant vivement la pratique du rugby pour les femmes. En 1994, Albert Ferrasse l'encouragea, dans un but utilitariste (les mères joueuses emmèneraient plus facilement leurs enfants au rugby).

En 2007, Fabien Galthié déclarait qu’il n’était pas macho, mais que pratiquer le rugby pour une femme, n’était pas l’idéal et qu’il y avait des sports plus féminins. Il a visiblement évolué puisqu'il encensait ce week-end le jeu pratiqué par le XV féminin.

Marc LièvremontOlivier Liévremont

Le comble de l'histoire est que le cousin et parrain (Marc Lièvremont) de l'entraineur adjoint actuel des féminines, Olivier Lièvremont critiqua ouvertement sa sœur Claire pour avoir oser pratiquer le rugby (« Elle y a joué, malheureusement ! On était catastrophés dans la famille. Elle s'est fait mal, évidemment. »)

À toutes celles qui pratiquent ce sport merveilleux, continuez, ne lâchez rien, laissez-vous dévorer par les grands espaces des plaines enherbées telles des cheyennes chevauchant vos appaloosas et riez à gorges déployées devant vos détracteurs !